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Des patriciens à la ville moderne

À la fois « Ville et République », Fribourg, au gré de ses acquisitions territoriales, devient capitale suzeraine de la campagne. Peu à peu, ses autorités renforcent leurs pouvoirs et ce, au détriment de l’assemblée des bourgeois et des habitants. Une oligarchie - en fait, une forme d'aristo-démocratie de cooptation - s'établit progressivement. S’inspirant de l’Absolutisme français de droit divin, le régime de Leurs Excellences - soit une soixantaine de familles - parvient au XVIIIe siècle à son aboutissement. S'autodésignant « patriciens », ces bourgeois privilégiés exercent les principales charges de l’État, tant sur le plan politique, économique et culturel que social. Certes, ce système inégalitaire ne va pas sans provoquer moult contestations, à l’instar d’insurrections « populaires » survenant un peu partout en Europe, voire dans les colonies américaines. Ce mécontentement se concrétisera notamment en 1781, lors de la révolte de Pierre-Nicolas Chenaux dirigée contre le gouvernement.
 
Toutefois, le régime patricien ne prendra fin qu’avec l’entrée des troupes de la Révolution française à Fribourg, le 2 mars 1798 (instauration de la République Helvétique "une et  indivisible"). L’Acte de Médiation imposé en 1803 par Napoléon Bonaparte à la Suisse fixera notamment les frontières définitives de notre canton, tandis que la Commune de Fribourg sera désormais séparée de l’État (Acte de dotation pour la Ville de Fribourg en Üchtlandie, du 8 Octobre 1803). Certes, il y aura encore une brève restauration des anciens maîtres de Fribourg, en 1814, mais en 1831, sous la pression des élites libérales, le Grand Conseil adopte une nouvelle constitution, dont les « principes généraux reconnaissent la souveraineté du peuple et consacrent la victoire des libertés modernes sur l’Ancien Régime ». Si la langue française est la « langue du Gouvernement », les textes officiels « obligatoires pour tout le canton doivent être rédigés et publiés en allemand et en français ».

Viaduc de Grandfey Fribourg à l'heure du chemin de fer. Ouvrage principal de la ligne Lausanne-Fribourg-Berne, le viaduc de Grandfey fut construit de 1857 à 1862. [Lithographie de d'A. Cuvillier. Musée d'art et d'histoire, Fribourg].

Alors que le XIXe siècle signifie, notamment pour Fribourg, une période de transition entre l’Ancien Régime et la Suisse moderne (émigration civile vers le Brésil en 1819, guerre du Sonderbund en 1847, Constitution fédérale de la Confédération Suisse de 1848), le XXe siècle peut être considéré comme celle de l’ouverture et des «rattrapages». Aux diverses réalisations de la seconde moitié du XIXe siècle annonçant une première phase d’industrialisation et entraînant une extension de la cité vers l’ouest (quartiers de Pérolles, de Beauregard et de Gambach) - début de l’éclairage au gaz en ville de Fribourg (1861), construction de la ligne ferroviaire Lausanne-Fribourg-Berne (1856-1862), fondation de la Société des Eaux et Forêts et construction du barrage et de l’usine hydraulique de la Maigrauge (1869-1872) qui reviendront, en 1915, aux Entreprises Électriques Fribourgeoises, aujourd'hui Groupe E SA (2006), création de l’Université (1889) et de la Banque de l’État (1892) - actuelle Banque Cantonale de Fribourg (1996) -, ouverture de la première ligne de tramway reliant le Bourg à la Gare (1897), implantation d’entreprises, principalement dans le secteur alimentaire, ... -, viennent s'agréger une nouvelle série de transformations importantes et rapides qui touchent profondément la vie économique, sociale et culturelle fribourgeoise à partir des années 1950, selon le concept de la « décentralisation concentrée ». Ces mutations favoriseront également l’adaptation des droits des citoyens. Alors que les Fribourgeoises obtiendront en 1971 la plénitude des droits politiques,  l’égalité entre homme et femme sera inscrite dans la Constitution fédérale en 1981 et, dix ans plus tard, la majorité civique sera abaissée à 18 ans. Quant au principe de l’égalité officielle des langues française et allemande, il sera accepté par le peuple fribourgeois en 1990, selon le principe de la territorialité.