Postulat n° 232 (2021-2026) - "Etudier la possibilité de renforcer le suivi de la mise en œuvre de la stratégie de durabilité de la Ville de Fribourg en la complétant d’indicateurs quantifiables issus de la théorie du Doughnut"

F. Yerly-Brault (Vert·e·s), V. Mauron (Vert·e·s), J. Cattin Kuster (Vert·e·s) 

Développement du postulat

En juillet 2025, la Ville de Fribourg publiait sa stratégie de durabilité "Fribourg 2030". Cette stratégie repose sur un set d’indicateurs élaborés selon une méthodologie spécifique. Ceux-ci feront l’objet de mises à jour régulières; certains indicateurs pouvant être abandonnés, substitués et ajoutés sur la base des expériences ou de nouvelles données notamment. Pour le moment, la stratégie de durabilité ne formule que des directions visées pour chacun de ces indicateurs (augmentation/diminution), mais il est précisé qu’il s’agit à terme d’élaborer des cibles quantitatives dans le but d’optimiser le monitoring de la mise en œuvre. Par exemple, pour l’indicateur "pollution chimique de la Sarine", la cible visée est une "diminution"; sans préciser de combien par rapport à quel état. De même, la Ville vise une diminution des indicateurs concernant le domaine de la précarité ("taux d’aide sociale", "contribuables à faible revenu", "niveau des loyers", "taux de chômage") sans qu’une référence ni une valeur-cible ne soient articulées.

D’après le communiqué de presse du Conseil communal, "cette ambitieuse politique repose sur un double principe: garantir à l'ensemble de la population un plancher social (accès à la santé, à l'éducation, à un revenu digne, à un logement) et respecter un plafond environnemental (climat, biodiversité, ressources naturelles). Le but, à court et moyen termes, consiste à permettre à chaque habitant·e d'évoluer dans un espace sûr, juste et durable".

Cette formulation fait écho mot pour mot au cadre conceptuel dit du "Doughnut", élaboré en 2012 par l’économiste britannique Kate Raworth. Cette théorie vise à introduire les notions de justice sociale aux côtés des enjeux environnementaux pour mieux guider les décideur·se·s politiques vers la transition écologique. En associant le cadre des limites planétaires à celui des besoins humains fondamentaux, Raworth dessine un espace juste et sûr pour l’humanité, placé entre le plafond environnemental et le plancher social.

Dans la théorie initiale de K. Raworth1, le plafond écologique est incarné par les neuf limites planétaires identifiées en 2009 par le scientifique suédois Johan Rockström et ses collègues2.

Elles concernent les paramètres biophysico-chimiques dont l’équilibre doit être maintenu au niveau mondial pour maintenir les conditions de vie favorables à la vie humaine telles que nous les connaissons aujourd’hui. Ce concept est reconnu et adopté au niveau européen, international (Nations Unies) et national.

Le plancher social est défini sous l’angle des besoins humains fondamentaux: l’autrice décrit 12 paramètres vitaux qui devraient être assurés pour tou·te·s : eau, nourriture, santé, éducation, emplois, etc.

Ce cadre théorique a été décliné, en 2020, en méthodologie plus opérationnelle applicable à une ville. Porté par le Doughnut Economics Action Lab (DEAL), la méthode vise à décliner la théorie du Doughnut à l’échelle locale. En Suisse, le Centre de compétences en durabilité de l’Université de Lausanne (CCD-UNIL) a abondamment travaillé sur ce cadre et élaboré la stratégie de transition écologique du Grand Genève sur la base de ce cadre méthodologique.

En complément de la stratégie de durabilité de la Ville de Fribourg, la méthodologie du Doughnut telle qu’elle a été développée pour les collectivités publiques locales présente un avantage double:

1)    Reposer sur des cadres méthodologiques et des standards scientifiques reconnus à l’international;
2)    Quantifier l’état actuel des indicateurs du territoire (en allemand "IST-Zustand") et une valeur-cible pour un horizon temporel donné ("SOLL-Zustand").

Ainsi, très concrètement, et pour reprendre les exemples comparables à ceux cités plus haut pour la stratégie de durabilité de la Ville de Fribourg:

-    la stratégie de transition écologique du Grand Genève commence par quantifier la « part des cours d’eau et des lacs en bon état biologique et physicochimique » (30% en 2022) pour ensuite fixer la valeur cible pour 2050 (100%); 
-    en ce qui concerne la précarité, elle identifie la "part des habitant·e·s précaires dans au moins une catégorie: monétaire familiale, emploi, logement" – cette part est estimée à 14,4% et l’objectif fixé pour 2050 est de 0%.

Par ce postulat, nous demandons au Conseil communal d’étudier la possibilité de compléter le set d’indicateurs de sa stratégie de développement durable des outils méthodologiques fournis par la théorie du Doughnut, afin de permettre d’établir:

a)    un état des lieux quantifié de la situation actuelle;
b)    une valeur-cible pour chacun de ces indicateurs quantifiés pour l’horizon 2040 et 2050;
c)    un suivi serré de la mise en œuvre afin d’adapter la stratégie aux évolutions concrètes et à l’état de la situation ainsi mesuré.

La Ville de Fribourg pourrait notamment faire appel à l’expertise de l’Université de Lausanne en la matière.

 [1] Raworth, K. (2012). A Safe and Just Space for Humanity. Can we live within the Doughnut? [Oxfam Dis-cussion Paper]. Oxfam. https://doi.org/10.1163/2210-7975_HRD-9824-0069

[2] Rockström, J., Steffen, W., Noone, K., Persson, Å., Chapin, F. S., Lambin, E. F., Lenton, T. M., Scheffer, M., Folke, C., Schellnhuber, H. J., Nykvist, B., de Wit, C. A., Hughes, T., van der Leeuw, S., Rodhe, H., Sörlin, S., Snyder, P. K.,