S. Maillard (DAS · WAS), V. Cojocaru (DAS · WAS), A. Coursin (DAS · WAS), S. Peiry Folly (DAS · WAS), A. Perriard (DAS · WAS), C. Waeber (DAS · WAS), L. Wyss (DAS · WAS), L. Bulliard (Le Centre/PVL), G. Collaud (CG), S. Delaloye (PS), L. Sapia (Vert·e·s), E. Nobs (CG), M. Chauderna (Vert·e·s), N. Ferreira (PS), F. Delarze (PS), D. Ruffieux (Vert·e·s), A. T. Fontes Martins (Le Centre/PVL), C. Revaz (Le Centre/PVL)
Développement du postulat
La Ville de Fribourg, co-fondatrice de la Conférence romande OSAIEGCS-LGBTIQ (communiqué de presse du 19 mai 2025), entend se présenter comme une ville progressiste, ouverte et inclusive, dans laquelle chaque personne peut être elle-même et vivre librement, sans crainte ni discrimination. Une telle ambition ne saurait toutefois se limiter à une image, à des déclarations d’intention ou à des actions ponctuelles. Elle doit se traduire par un engagement politique concret, durable et cohérent, notamment au travers de la mise en œuvre d’une véritable politique publique en faveur des personnes LGBTIQ.
Les droits des personnes LGBTIQ ne constituent pas des acquis définitifs. Ils sont le fruit de décennies de mobilisations, de luttes ainsi que d’engagements associatifs et des personnes concernées. Malgré les avancées réalisées, les personnes LGBTIQ continuent d’être confrontées à des discriminations, à des violences et à des formes de stigmatisation, qui touchent de manière particulièrement forte certaines personnes en raison de leur situation ou de leur appartenance à plusieurs groupes vulnérabilisés (en situation de handicap, racisée, trans, ayant connu un parcours migratoire forcé, etc.) ou à l’effacement de leur histoire et de leur (sub)culture.
Dans ce contexte, une collectivité publique qui entend se revendiquer progressiste ne peut se contenter d'afficher son soutien aux communautés LGBTIQ lors de dates symboliques ou par des déclarations d’intention. Elle doit se donner les moyens d’agir concrètement sur les causes et les manifestations des discriminations, de soutenir celles et ceux qui œuvrent quotidiennement sur le terrain et de garantir un accueil inclusif dans ses propres institutions.
Or, force est de constater que les orientations actuellement prises par le Conseil communal ne semblent pas aller dans le sens de cette ambition, comme cela a notamment été relevé dans la question n° 14 (2026-2031) du groupe DAS · WAS, dont la réponse s’est révélée particulièrement décevante[1] .
Par ailleurs, ainsi qu’il a déjà été relevé, les considérations économiques ne sauraient prévaloir sur le respect de l’égalité, de la dignité et de l’intégrité des personnes, a fortiori dans un contexte international marqué par la recrudescence des violences et discriminations.
Des démarches ont déjà été engagées, notamment:
– postulat n° 57 (2016–2021) - Demande d’étudier l’ampleur du harcèlement de rue en ville de Fribourg et de proposer des mesures pour y remédier;
– question n° 391 (2021–2026) - Récolte de données (monitoring) concernant le harcèlement de rue;
– postulat n° 6 (2021-2026) - Demande d’étudier la possibilité d’afficher son soutien à la journée mondiale contre l’homophobie, la transphobie et la phobie des personnes intersexuées;
– postulat n° 93 (2021-2026) - Demande d’étudier la possibilité d’introduire une option "divers" ou d’abandonner la mention du genre dans les formulaires administratifs;
– question n° 375 (2021–2026) - Possibilité d’acheter un drapeau trans et un autre nonbinaire en vue de la Journée de lutte contre l’homophobie et la transphobie;
– résolution n° 1 (2021–2026) - La sécurité des femmes, des personnes racisées et des personnes LGBTQIA+ dans les rues de Fribourg;
– postulat n° 214 (2021-2026) - Demande la possibilité de mettre en place un programme communal complet de lutte contre les violences sexistes et sexuelles.
Cependant, une politique publique ambitieuse et inclusive ne peut pas se contenter d’aborder la thématique uniquement au travers du prisme réducteur d’une vision sécuritaire.
Il est dès lors nécessaire que la Ville de Fribourg se dote d’une politique publique LGBTIQ transversale, ambitieuse et dotée de moyens à la hauteur des objectifs poursuivis. Cette politique doit être élaborée en collaboration avec les personnes concernées, les associations et les collectifs actifs dans le domaine, en reconnaissant leur expertise et le travail qu’ils accomplissent depuis de nombreuses années.
Le présent postulat prie ainsi le Conseil communal de développer une politique publique LGBTIQ pour la Ville de Fribourg, dotée des moyens financiers et humains nécessaires, et structurée autour des sept axes suivants:
1. prévention et lutte contre les violences et les discriminations, en accordant une importance particulière aux personnes et aux groupes vulnérabilisés au sein des communautés LGBTIQ;
2. promotion des (sub)cultures et de la mémoire des communautés LGBTIQ, notamment par la reconnaissance et la valorisation de leur contribution à la vie sociale, culturelle et historique de la Ville, ainsi que par la transmission de la mémoire des luttes ayant permis les avancées en matière de droits LGBTIQ;
3. soutien et valorisation du tissu associatif local et de son travail, en reconnaissant le rôle important des associations et collectifs LGBTIQ dans l’accompagnement, la prévention, la sensibilisation, la défense des droits et la création de liens sociaux;
4. information et sensibilisation aux réalités et aux vécus LGBTIQ auprès du grand public, notamment par l’organisation et/ou le soutien à des événements et manifestations lors de dates et périodes clefs, telles que le 17 mai, les mois de juin et d’octobre, le 20 novembre, le 1er décembre, etc.;
5. mise en œuvre d’un accueil facilité, bienveillant et respectueux dans tous les lieux d’interface entre la Ville et les personnes usagères, notamment au travers d’une communication écrite et visuelle épicène, comprenant notamment le site internet, les communiqués de presse, les guichets, les formules ainsi que les différents supports et canaux utilisés par l’administration communale;
6. mise en œuvre d’une politique du personnel inclusive, notamment par l’organisation de formations portant sur les réalités et les vécus LGBTIQ, destinées non seulement aux cadres et aux ressources humaines, mais également à l’ensemble des personnes employées de l’administration communale, ainsi que par la création d’un groupe de référence interne constitué de personnes employées concernées;
7. adhésion aux réseaux régionaux, nationaux et internationaux pertinents, notamment le Rainbow Cities Network, Egides, etc., afin de favoriser les échanges de pratiques, de renforcer les compétences de la Ville et d’inscrire son action dans une dynamique de coopération et de promotion des droits LGBTIQ.
La mise en œuvre d’une telle politique ne saurait toutefois être effective sans les moyens nécessaires. La réponse du Conseil communal portera donc également sur les ressources – tant humaines que financières – mises à disposition pour porter et mettre en œuvre cette politique publique, lesquelles comprennent notamment un poste dédié.