F. Miche (PS)
Question
Je suis président de l’association des intérêts du quartier de Beaumont-Vignettaz-Monséjour (AIQBVM). Ce mois dernier, j’ai été secoué par le nombre d’interpellations des différentes habitants·es. Il y a un groupe d’une quinzaine de jeunes qui sont complètement paumés, perdus qui ont un peu plus de 10 ans. Je les vois commettre tellement de délits que les bras m’en tombent et mes yeux ne sont que là pour pleurer. La dernière fois où je sortais d’un bus, je voyais des feux d’artifice qui étaient orientés contre les gens.
Il n’y a de cela pas si longtemps, il y a une grille qui a été enlevée et une personne a été grièvement blessée. J’ai vu aussi des scooteristes qu’il fallait relever parce que des grilles avaient été enlevées sur leur passage. Je m’étais dit, c’est quand que ça va cesser? Moi, je pense à ces jeunes qui sont perdus, qui ont besoin d’aide et il serait peut-être bien d’interpeller le Conseil communal.
J’allais dernièrement faire des courses comme vous tous·tes, eh bien deux heures après, on me disait qu'une partie du mobilier a été enlevée. Je me dis, si personne ne demande de l’aide, que fait-on? Vendredi dernier, on m’appelle: "dit François, tu n’as pas eu la chance de passer dans tel ou tel immeuble. Les seniors de l’immeuble ont tous été racketés, les uns après les autres". Je pense à ces travailleurs de rue qui font un excellent travail, à ces policiers. Mais là, je m’étais dit, depuis que je fais de la politique, je suis complètement dépassé. Je pense à la question des dommages tant sur les personnes que sur les propriétés. Lundi dernier encore, je revois une image qui était assez folle, je voyais ces jeunes qui essayaient d’escalader des immeubles pour essayer d’entrer par les balcons et de squatter un peu parce qu’ils n’avaient plus d’endroits où aller. On est à Fribourg et je me dis que des gosses entre 10, 15, 16 ans, leur place n’est pas d’être dans la rue et je m’étais dit que je ne souhaite pas à ce que soit la police de s’occuper et de remplacer les autres personnes qui devraient s’en occuper.
Voilà, je me dis, c’est un appel au secours, je ne sais pas quoi faire. J’adore mon Conseil communal, il a d’ailleurs un bon bilan depuis une semaine, mais s’il vous plaît, qu’est-ce que vous pouvez faire?
Réponse du Conseil communal
Je remercie M. F. Miche pour sa question et pour le bilan positif après une semaine, j’espère que ça dure encore un petit peu plus longtemps.
Nous avons déjà été en contact sur ces questions et je vous réponds volontiers aussi ce soir. Les préoccupations relevées sont légitimes, et le Conseil communal comprend que certains·es habitants·es puissent se sentir inquiets par ces comportements. Comme dans d’autres quartiers, certains points d’attention existent et l’importance d’une présence dans le quartier de Beaumont-Vignettaz est reconnue par le Conseil communal. Pour le développement de cette offre, la Ville s’investit dans le cadre des ressources à disposition.
Nous suivons alors de près l’évolution dans le quartier Beaumont-Vignettaz, comme nous le faisons d’ailleurs aussi pour tous les autres quartiers. Il convient ici de relever – et je fais référence au discours inaugural de M. Fessler – que la ville est en évolution. La population évolue, le contexte change, les circonstances dans lesquelles ces jeunes grandissent, changent, les besoins des habitants·es changent selon leur âge ou leur situation de vie. Il faut aussi toujours prendre ce contexte en compte.
Toutefois, la situation des jeunes est une préoccupation majeure du Conseil communal. Il me semble important de souligner que le quartier dispose, comme vous l’avez relevé, M. F. Miche, d’un travailleur social de rue à 50%. Le quartier du Schoenberg ainsi que le centre-ville disposent également d'un travail de rue. A noter qu’en 2025, le plus grand nombre de permanences sociales de rue ont été effectuées dans le quartier de Beaumont-Vignettaz.
Je ne vais pas vous lister tout le dispositif enfance et jeunesse que nous avons mis en place, mais seulement quelques mesures concrètes dans le quartier de Beaumont-Vignettaz:
- Un groupe de travail composé de la Cohésion sociale, de la Police locale, de l’école primaire de la Vignettaz, du cycle d’orientation, de REPER, de la Police de proximité ainsi que de la brigade des mineurs a été mis en place afin d’aborder les différents phénomènes de violence chez les jeunes dans le quartier, de faire un point de situation et de lister les mesures existantes.
- Une présence régulière autour de l’école de la Vignettaz et dans le secteur Beaumont-Centre est assurée afin de maintenir un lien direct avec les jeunes et de permettre une intervention rapide en cas de besoin. Cette présence de proximité constitue un levier important pour instaurer un climat de confiance et prévenir, dans la mesure du possible, les situations de tension.
- Un travail de médiation, de prévention et de sensibilisation est mené directement sur le terrain, notamment autour des questions de respect, de gestion des conflits et de cohabitation dans l’espace public.
- Un travail de réseau avec certaines associations dans le quartier, des commerçants·es et des habitants·es est mené de manière constante afin d’être le plus réactif possible.
- Une orientation des jeunes vers des structures adaptées (formation, accompagnement socio-éducatif, activités de loisirs, etc.) est effectuée.
- La mise en place d’accompagnements socio-éducatifs formels et informels permettant d’identifier les besoins des jeunes, leurs difficultés et leurs ressources.
- Un "café-parents", en partenariat avec le cycle d’orientation de Jolimont et la Police cantonale de proximité a eu lieu. Ce projet visait à créer un espace d’échange avec les parents du quartier, à renforcer le dialogue et à répondre aux préoccupations présentes. Par la suite, un contact auprès de ces parents a été mené par les travailleurs sociaux du CO de Jolimont et une réflexion pour la suite à donner est en cours.
- Des ateliers autour des habiletés sociales ont été mis en place avec les classes de 8H, et prochainement avec celles de 7H, en collaboration avec l’école primaire de la Vignettaz et la travailleuse sociale scolaire.
Plusieurs projets sont encore en cours de développement, notamment:
- la mise en place de cours de boxe éducative;
- une action de sensibilisation contre le littering;
- la recherche d’espace pour un futur centre d’animation socioculturel.
Comme vous le voyez, la situation fait l’objet d’un suivi rigoureux et coordonné par les services ainsi que par l’ensemble de nos partenaires mobilisés sur le terrain.
Je souhaite également relever que si la présence des jeunes dans l’espace public et leur dynamique suscite parfois des réactions fortes, parfois pour de bonnes raisons, les interactions entre les jeunes et les autres habitants·es se déroulent, selon les observations, le plus souvent pacifiquement. Cela existe aussi et ce n’est pas toujours rapporté. Nous constatons aussi dans d’autres contextes que le fait de se connaître apporte souvent davantage de compréhension et de respect mutuel. Je suis convaincue que la sensibilisation des deux côtés portera ses fruits. Toutes les démarches de la Ville et de son mandataire REPER s’inscrivent dans une logique du vivre ensemble, de la cohésion sociale mais aussi de la prévention et de l’action, avec les ressources disponibles, lorsque des problématiques sont identifiées.